| Résumé |
ÉTATS PROVISOIRES DU POÈME A l'occasion des Langagières, manifestation autour de la langue et de ses usages, créée à la Comédie de Reims et reprise au Théâtre National Populaire - Villeurbanne, commande est passée aux poètes invités d'un texte où chacun exprime les enjeux qu'il assigne à son travail, à la faveur d'un thème suggéré. D'année en année la présente collection réalise non pas une improbable anthologie, mais comme une cartographie du paysage poétique contemporain, dans toute sa diversité. Extrait du livre : Ni Brahim que Dieu ait son âme en sa miséricorde, ni Laheen, ni Hamdouch, ni Larej, pas même Ahmed qui se faisait appeler Tony et bien d'autres, aucun de nous n'a demandé la nationalité, ça on le laisse aux jeunes, nous, nous serons jamais françaouis cent pour cent, il faut être honnête, c'est pas notre truc, nous sommes marocains, algériens, tunisiens, libyens, nous n'allons pas faire semblant juste pour les papiers, c'est pas bien les gars qui parlent même pas correct et qui se disent français en prenant l'accent du présentateur de télé; tous mes enfants sont français, sur le papier, au début j'ai eu du mal à l'admettre, il fallait signer des papiers, j'hésitais, avec les copains on en parlait et nous n'étions pas d'accord entre nous. Rabi'i a même frappé à coups de ceinturon ses deux filles qui avaient rempli les dossiers de la naturalisation, elles ont fait un grand scandale, la police et la presse furent alertées, le pauvre Rabi'i faillit aller en prison pour entrave à la liberté de ses enfants majeurs, devenir françaoui pour lui c'était reconnaître publiquement que ses enfants ne lui appartenaient plus, que la France les prenait sous son aile et que lui n'avait pas son mot à dire; il a été très malheureux, après cette épreuve il est parti en Algérie emmenant avec lui le plus jeune de ses enfants, l'a inscrit dans un collège algérien et s'est dit au moins celui-là leur échappera. Mais les choses ne se sont pas passées comme il prévoyait. |