| Résumé |
Percevoir une allocation. Ne pas l'avoir gagnée. Se sentir redevable. S'efforcer de ne pas avoir honte. Se faire qualifier de profiteur. Se justifier en permanence. Rester disponible sur le marché de l'emploi. Terminer une énième formation. Tuer le temps. Se résigner. Désespérer. Un tunnel infernal pour certains. Les récits livrés dans ces pages touchent par leur justesse, leur violence, leur humour. Même si quelques-uns ressentent la fin de leur emploi comme une délivrance, le chômage est plus souvent vécu comme une non-place. Personne ne choisit de ne pas avoir de place. Pourtant, le sentiment de culpabilité des sans-emploi transpire. Le regard que posent les auteurs sur eux-mêmes nous ramène à la question du travail, encore et toujours perçu comme une valeur centrale et structurante de la vie de société. Il ne s'agit pas que du salaire. Raconter sa journée de boulot, la solidarité et les pauses avec les collègues, les distractions «méritées», avoir le sentiment du devoir accompli. Ceux qui ne sont pas ou plus dans le circuit se retrouvent de l'autre côté d'un mur. Invisibles.
Extrait de la préface de Thierry Bodson
Durant quinze journées d'atelier d'écriture, à raison d'une rencontre par semaine, Jeannine, Corinne, Dominique, Fatima, Bernard, Fabienne, Syndye, Bruno, Vincent, ont écrit ensemble «le chômage» mais, ils n'ont pas écrit la même chose. Ils ont écrit «des chômages» parce qu'à l'exception de l'un d'eux, travailleur à mi-temps, ils chôment tous mais pas pour les mêmes raisons, parce qu'ils n'ont pas le même âge, pas les mêmes parcours scolaires et professionnels, pas les mêmes aspirations, pas les mêmes inspirations. |