| Résumé |
" Toutes choses sont muables et proches de l'incertain. " L'ultime vers d'une chronique rapportée revient comme une antienne dans ces trois récits ardents, cruels, excessifs, qui évoquent autour de l'an mil les premières générations de bénédictins venus établir leurs monastères dans les îles et les marais de Vendée sous la haute vigilance de Cluny, dans un temps où christianisme et paganisme sont étroitement imbriqués. Dans ce paysage où les éléments sont encore mêlés comme au premier jour de la Création, les œuvres, les signes, les passions et la grâce sont réversibles. La fraternité peut y nourrir le crime qu'est en mesure d'effacer l'apparition éblouissante d'une petite fille. L'écriture de Michon se fait là plus dépouillée mais combien puissante à faire monter en gloire le plaisir absolu de la chair ou à précipiter dans une fureur désastreuse l'être qui tombe sous l'emprise du rien. Et dans les dernières pages du livre, lorsque la relique du Baptiste s'avère n'être qu'un faux, entre deux jurons ou quelques bégaiements, on croit entendre les abbés dire les versets de l'Ecclésiaste où il est question de paroles et de vent. L'écrivain retrouve sa veine campagnarde, son goût pour la belle langue charnue et ancienne, pour la noblesse des gestes d'un quotidien violent, où l'homme savait en naissant qu'il était sorti de la glèbe et retournerait à la glèbe. Mi-nouvelles, mi-chroniques d'une existence entre Terre et ciel, les trois récits d' "Abbés" nous emportent dans des paysages indécis où les frontières entre les éléments sont abolies. |