| Résumé |
Tenue pour "la plus belle et la plus noble des couleurs", le bleu concurrence le rouge, comme le pastel la garance. Et les artisans du rouge ont beau commander des vitraux où les démons sont bleus, leur défaite est inévitable. Cet affrontement symbolique, Olivier Bleys en a fait le propos d'un roman, "Pastel", aussi juste que plaisant. Né marqué par la tache de vin qui lui mange la moitié du visage, Simon Terrefort apprend de son père, Maître Lucas, l'art du rouge ; mais la fortune, changeante comme un chiffre de dé, l'amène à rompre l'usage dynastique : initié au bleu par Joachim Fressard, qui fait commerce de cocagnes, pains de pastel aux promesses de félicité gratuite, il passera sa vie, brève et mouvementée, à chercher à retrouver la nuance exacte du bleu sublime qui enduit la Vierge grossièrement sculptée d'une chapelle à l'abandon. Les péripéties échevelées, les retournements incessants, le dénouement aussi logique qu'éprouvant, suffisent à recommander l'ouvrage. Mais l'intelligence du contexte économique comme des schémas mentaux d'un temps et d'un lieu très précis (l'Albigeois des années 1440), la simple poésie de scènes qu'on croirait tirées de quelque Mirabilia (la Vierge disparaissant sous des caméléons griffus et crêtés qui lui volent son azur inimitable, une étoffe de rêve signée d'un trait de sang qui dit le crime sans le dénoncer) ne serait rien sans l'incroyable force de l'argument. Bâti sur le bras de fer entre deux couleurs qui prétendent dire le monde au sein d'une corporation aussi raffinée que brutale, où les maîtres ne sont que très provisoirement déchargés du soupçon de pactiser avec le diable, tant la beauté qu'ils inventent, au choix loue ou défie le Créateur, "Pastel" est un exercice virtuose qui dit le solde fratricide des absolus et des idéaux dévoyés. Avec la sombre densité des enluminures du temps. Au milieu du XV? siècle, en Albigeois, Simon est compagnon dans l'atelier de teinture de son père, Lucas Terrefort. Selon l'usage du temps, l'enseigne "Au caméléon" pratique une seule couleur : c'est le rouge. À la suite du vieux maître, le compagnon se destine à devenir teinturier d'écarlate. N'est-il pas "rouge jusqu'à la figure", avec cette tache de vin sur le visage ? Mais voici que Simon fait la connaissance d'un riche marchand de pastel, Joachim Fressard, qui l'initie au bleu : cette rencontre et l'appel mystérieux ressenti devant une madone peinte d'azur persuadent le compagnon d'abandonner les cuves familiales pour se lancer dans la teinture au bleu de pastel. Nés du rapprochement des deux hommes, les tissus "à la Vierge" connaissent rapidement le succès. Cependant, Fressard s'avère un protecteur ambigu, prêt à tout pour étendre sa fortune. Un amour frelaté, des confrères hostiles, la terrible confrontation avec son père achèvent de plonger Simon en enfer : tout n'est pas rose au pays de cocagne. Vif, animé, empreint d'humour et de poésie, le récit caracole derrière Simon Terrefort à la poursuite du bleu idéal : le compagnon risquera tout pour conquérir l'azur sans tache du manteau de la Madone... Une très légère pliure du dos de couverture. le reste comme neuf. prix en conséquence |