| Résumé |
« Au nom du respect de la mémoire, de notre éternelle fidélité à notre défunte maîtresse et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je déclare ouverte la séance de reconstitution de la vie de Mémoria. Que chacun de nous s’engage, solennellement, devant ses pairs et surtout face à sa conscience, à ne rapporter que ce dont il a été témoin. » C’est le Masque qui a eu l’idée de cette transmission mutuelle du souvenir de Mémoria, venant lui-même d’une civilisation où les hommes se transmettent leur histoire et leur culture en se les racontant de génération en génération. Ayant assisté à d’innombrables palabres au cours de son existence, il a été désigné pour conduire les débats. Pendant les six nuits et les cinq jours qui les séparent du Kétala, le partage des biens de celle qui vient de passer de vie à trépas, les meubles et les objets de l’appartement vont reconstituer tous ensemble le puzzle de sa vie. Ils sauront alors ce qu’elle faisait dans ce lieu où elle les a rassemblés, comment elle a vécu et de quoi elle est morte. « Lorsque quelqu’un meurt, nul ne se soucie de la tristesse de ses meubles. » S’ils ne peuvent empêcher les humains de les disperser, chacun d’eux pourra ainsi partir vers n’importe quel horizon avec l’histoire complète de sa défunte et aimée propriétaire. « On ne peut pas toujours emmener les siens avec soi, mais on part toujours avec sa mémoire. » Jongleuse de mots et d’atmosphères, conteuse hors pair jouant sur la musicalité de la langue, Fatou Diome donne corps à un récit sévèrement critique à l’égard des traditions. Le résultat est étourdissant d’intelligence. Lorsque quelqu'un meurt, nul ne se soucie de la tristesse de ses meubles. Que restera-t-il de nous ? Peut-être des souvenirs, magnifiés, interprétés, réinterprétés ou, pire, falsifiés. Inanimés, nos meubles, nos habits, nos objets familiers jalonnent le sillage de notre vie. Ils sont les témoins silencieux de nos joies et peines. Pourtant, lorsque quelqu'un meurt, nul ne se soucie de la tristesse de ses meubles. Le Kétala, le partage de l'héritage, disperse tout ce que possédait celui ou celle qui n'est plus. Attristés par leur séparation imminente, des meubles et divers objets cherchent un moyen d'éviter l'éparpillement des traces de Mémoria, leur défunte et aimée propriétaire. Masque propose à ses compagnons d'infortune une stratégie fondée sur la parole : "Je viens d'une civilisation où les hommes se transmettent leur histoire familiale, leurs traditions, leur culture, simplement en se les racontant, de génération en génération [...] Comme nous ne pourrons pas empêcher les humains de nous disperser, je propose que chacun de nous raconte aux autres tout ce qu'il sait de Mémoria. Ainsi, pendant les six nuits et les cinq jours qui nous séparent du kétala, nous allons tous, ensemble, reconstituer le puzzle de sa vie [...] On ne peut pas toujours emmener les siens avec soi, mais on part toujours avec sa mémoire." Écrit dans une langue belle et musicale, Kétala est un roman virtuose. |