| Résumé |
1914. La guerre éclate et personne n'y croit. Personne ne croit à sa durée, à la douleur et à la violence, et personne n'imagine combien d'hommes vont périr, combien reviendront quatre ans plus tard avec un ineffable effroi dans les yeux. La jeune Félicité n'y croyait pas non plus, à la guerre, et maintenant que Jules, son mari, est parti, elle ne croit pas qu'il pourrait ne pas revenir. Elle l'attend donc, élevant leur tout jeune enfant et accomplissant son travail de paysanne, alors même qu'elle est en butte à la sourde hostilité d'une belle-mère jalouse. Félicité et Jules ne sont pas les seuls protagonistes du drame qu'Alice Ferney a mis en scène dans son roman, il y a aussi Prince, leur chien. Ce Colley, incapable de comprendre et de supporter l'absence de son maître, traverse la France entière pour le rejoindre. Arrivé au front, il apprend avec Jules l'art de tuer et la manière de transmettre des messages quand les soldats ne peuvent passer sous le feu. Incarnation même de la fidélité, Prince comprend alors comment l'homme qui souffre laisse en lui renaître la bête. Dans la guerre, toutes les guerres sont présentes. Au fil de pages haletantes, alors qu'elle fait entendre le chant d'agonie d'un monde chancelant sous les coups de ceux qui sèment sang et désespoir, Alice Ferney fait aussi voir avec émotion comment se tissent de nouveaux et précieux liens entre compagnons d'armes, entre mari et femme, entre parents et enfants, entre l'homme et l'animal. Et ainsi, par cette chronique de la désolation, écrite avec une grave ferveur, nous fait-elle entendre en contrepoint un autre chant, un chant d'amour et d'innocence. La guerre, son éternel recommencement, son lot d'obsessions tenaces, de souvenirs engendrés, de victimes. Après L'Élégance des veuves et Grâce et Dénuement, Alice Ferney revient sur un thème déjà bien emprunté dans la littérature, de Roland Dorgelès à Henri Barbusse, de Louis-Ferdinand Céline à Thierry Illouz : celui de la Grande Guerre. Vu de l'intérieur ici (d'où le titre), depuis l'ordre de mobilisation, un certain 2 août 1914, à l'armistice, le 11 novembre 1918. Entre ces deux dates, plongé dans les méandres du conflit, l'itinéraire d'un homme, Jules, paysan landais. Vont se succéder les jours de marche harassants, les refuges, le feu, l'amitié de compagnons d'infortune, les champs de bataille en Lorraine, la retraite de l'Est vers l'Ouest sur les bords de la Marne, le repli dans de petits villages, la fidélité des bêtes (qui fait pendant à une vie de chien), la routine de guerre, partagée entre l'intendance, le courrier, les cantonnements, les avant-postes, les secours et les relèves. Partout, la chair à canon dégouline, s'amplifie, ancrée dans l'horreur, enlisée dans l'effroi, pour s'achever sous forme de Croix de guerre, récompense futile, absurde, pas même capable de protéger des obus. Alice Ferney suit son soldat à la trace, passe de l'infiniment petit (un homme au front) à l'infiniment grand (les vastes batailles), relate le quotidien des tranchées et celui des femmes restées à l'arrière, à la terre, dans l'attente. Un tableau entier de la Grande Guerre, pudique et sans pathos. --Céline Darner Si « l’homme est un loup pour l’homme », le nouveau roman d’Alice Ferney tendrait à montrer que ce n’est pas entièrement vrai, que l’homme a aussi sa part de générosité, de courage et de sincérité, et que si l’on remplace le loup par le chien, la maxime philosophique devient celle-ci : « le chien est un homme pour l’homme », voire « l’homme sans chien n’est pas un homme ». Au tout début de la Grande Guerre, c’est bien ce dont va s’apercevoir Jules Chabredoux, mobilisé dès août 1914, laissant Julia et félicité - respectivement mère et femme -, dans son Sud-Ouest natal et se voyant rejoindre sur le front, à l’autre bout du pays, par Prince, son gentil colley. Le front, c’est-à-dire l’horreur ordinaire de la boucherie et de la mort, l’angoisse d’y rester, l’absurdité des commandements militaires à l’état pur, la dérision des mots pour dire la violence barbare. Le front, c’est-à-dire aussi et surtout ce lieu de misère où autrui existe plus fort qu’ailleurs, où autrui est nécessaire à chacun comme Prince est vital pour Jules, ne serait-ce que pour un simple jeu de caresses et de contact avec un vivant. On le voit, Dans la guerre n’est pas un livre de plus sur la Première Guerre mondiale, mais un roman sur l’homme et sa puissance d’amitié et d’amour dans un contexte tragique ; un roman paradoxalement tendre, donc, avec un je ne sais quoi de sentimental qui nimbe la vie de chacun des protagonistes et pointe leur tendresse, seule capable de faire la guerre à la guerre. Le précédent roman d'Alice Ferney, qui connut en 2002 un grand succès - très explicable et justifié à la fois -, s'intitulait "La conversation amoureuse". On y entendait des hommes et des femmes se parler, se parler... ... Comment Mme Ferney passe-t-elle de l'alcôve aux tranchées, du marivaudage au grand silence des champs de bataille, et comment le fait-elle avec ce réalisme charnel ? La question donne la mesure de l'estime que suscite cette romancière. L'été 1914, dans la campagne landaise, vit une famille plutôt heureuse : Julia, l'ancêtre, ses deux petits-fils, Petit-Louis, un gamin, et Jules. Jules est au coeur de l'histoire, avec Félicité, sa femme, qu'il est allé chercher, l'imprudent! jusqu'à Saint-Jean-de-Luz. Elle lui a donné un enfant et il lui en a fait un second, le 2 août, l'heure qui précède le grand départ : mobilisation des hommes, réquisition des animaux. Les animaux, on dirait les vrais héros du roman. Le chien Prince, d'abord, le grand colley qui vit dans la vénération de Jules. Jules et Prince : un couple au même titre que Jules et Félicité. Prince restera-t-il à la ferme quand Jules sera parti ? Non, une nuit, il file en silence. Il traversera la France en diagonale et retrouvera Jules par un de ces miracles qu'aiment tant raconter les amis des chiens. Possible ? Impossible? Il faut y croire, bien sûr, le roman de Prince est si beau ! |