| Résumé |
« Si l'on s'approche trop de lui, il recule, trouve toujours un angle mort pour s'esquiver. Mais si l'on feint de l'ignorer ou de lui tourner le dos, il cherche alors le contact. C'est un animal farouche doté de la faculté de séduire. Il n'aime rien que convaincre ceux qui se refusent à lui. Ses coups de gueule ou de tête, ses ruades ou ses courbettes guerrières, son inextinguible logorrhée ne sont le plus souvent qu'une manière de surmonter sa timidité, de dissimuler son émotivité. » Cet humain à tendance équine, bavard et taiseux à la fois, extraverti à table et pudique en selle, prompt à se raconter mais peu enclin à se livrer, appelant la confiance mais guère la confidence, c'est Bartabas, pour qui Jérôme Garcin ne cache ni son amitié, ni son admiration. Du lâcher de chevaux de Zingaro, où il se propose de rendre au cheval en liberté l'élégance et la sérénité qu'il leur confère lorsqu'il les monte, à l'Académie du spectacle équestre de Versailles, Bartabas, « héros péguyste » ignorant les limites de ses forces, n'a cessé de subjuguer son public en visant à illustrer la relation de l'homme et du cheval. Des premières mises en selle à la mise en scène, de l'adolescent qui voulait vivre ses rêves plutôt que sa vie à l'homme de spectacle traité en cicérone, Jérôme Garcin retrace le parcours de Clément Marty et de sa lente transformation en Bartabas. Un hommage sincère et documenté, tout aussi exaltant qu'un spectacle équestre, « où il est rappelé que l'entrée en religion est d'abord fondée sur l'oubli de soi ». «Bartabas a inventé ce qui n'existait pas. Il façonne avec ses mains fortes et graciles de la splendeur éphémère. Ce rebelle que le chamanisme a pacifié, ce nomade que l'équitation a conduit à l'extase, cet ambitieux dont la patience a été l'arme secrète, ne ressemble à personne, sauf à lui-même, qui reste une énigme.J'ai voulu exprimer ici la chance que nous avons d'être ses contemporains. Je sais trop qu'il ne restera presque rien, lorsqu'il aura disparu, de ce qu'il a créé sous des chapiteaux de bois et de toile. Je sais aussi que les films de ses spectacles sont impuissants à restituer la magie du vivant, les parfums et les couleurs du cérémonial nocturne dont il est le spectral officiant. Déjà Zingaro, le frison que l'on croyait invincible, l'éternité en muscles noirs, est mort. Et puis je me méfie de Bartabas. Je le sais capable de s'éclipser aussi vite qu'il est apparu. Il ne s'installera pas, si s'installer, c'est abdiquer.»Portrait d'un artiste universel qui a réinventé le spectacle équestre et roman d'un homme qui a construit, sous une identité fictive, un monde imaginaire, Bartabas, roman est aussi le récit d'une amitié fraternelle, botte botte sur les chemins de traverse. Après Théâtre intime (prix Essai France Télévisions) et Perspectives cavalières (prix Pégase de la Fédération française d'équitation), Jérôme Garcin propose une fascinante plongée dans l'univers de Bartabas. |