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En ce bas monde

Titre En ce bas monde
Auteur Victoria Lancelotta
Editeur Phébus
Année 2003
Format broché
ISBN 9782859408800
Rubrique Livres en français / Littérature & fiction / Littérature étrangère / Phébus
Résumé Treize histoires mettant en scène des femmes aux prises avec la tranquille banalité du mal. Treize façons de nous rappeler que l'ordinaire de la vie frôle souvent des gouffres ; que la sainte morale de l'Église, aujourd'hui pas plus qu'hier, ne fait bon ménage avec les élans du coeur (pour ne rien dire de ceux du sexe) ; que nos petits bonheurs sont presque toujours rongés par l'angoisse ; que l'enfance ni l'adolescence - surtout celles des filles -ne sont pas des verts paradis ; et que de la médiocrité de ce qu'on appelle l'existence émane pourtant comme un étrange parfum d'éternité. Née à Baltimore en 1969, Victoria Lancelotta vit aujourd'hui à Nashville. La parution de son premier recueil de nouvelles, En ce bas monde, a été acclamée par la critique, qui n'hésite pas à la comparer à Raymond Carver ou encore Kaye Gibbons. Victoria Lancelotta a depuis écrit un premier roman, Loin, paru en 2004 aux éditions Phébus. «Victoria Lancelotta a un nom impossible à retenir. Il faut faire un effort. On ne va pas la quitter des yeux, on va guetter la moindre de ses nouvelles. Elle est la spécialiste des instants inoubliables, des rendez-vous au conditionnel, des délicieux regrets.» Éric Neuhoff, Le Figaro Littéraire Traduit de l'américain par Bruno Boudard "Domaine étranger" dirigé par Jean-Claude Zylberstein Extrait du livre : CHIENNE D'AVEUGLE Écoutez : voici une histoire d'amour. Portant voiles de poupée et souliers vernis, nous nous dirigions vers l'autel à la queue leu leu, la tête penchée, nos mains tremblantes jointes à hauteur de poitrine et, avant de nous agenouiller devant le prêtre pour recevoir l'hostie, nous nous approchions de la statue de marbre où, après une génuflexion, nous nous signions en pénitence de nos péchés à venir puis embrassions le pied de pierre glacé du Christ. Ce pied si pur, poli par tant de lèvres avant les miennes - le tout premier homme que j'aie jamais embrassé en dehors de mon père. Me voilà prosternée devant ce pied, tandis que, derrière moi, les autres filles attendaient leur tour. Puis nous allions nous agenouiller face à l'autel dans nos robes blanches : une rangée de petites cannibales, toutes à genoux, nos visages voilés rejetés en arrière, gorge tendue et langue tirée, attendant de sentir le prêtre glisser l'hostie dans notre bouche. Les soeurs nous avaient mises en garde : nous ne devions pas la croquer. L'hostie était déposée sur la langue, où il fallait la laisser fondre, se dissoudre. Si nous l'avions croquée, si nous avions brisé en menus morceaux la rondelle consacrée entre nos petites dents pour ensuite la mastiquer comme nous mastiquions toute nourriture, j'étais persuadée qu'elle éclaterait en une explosion de sang qui emplirait nos bouches de ce goût que je connaissais déjà pour m'être arraché une dent déchaussée, pour avoir suçoté un genou écorché - ces petites trahisons de mon corps. Plus tard, ma mère rangea la robe et les chaussures dans une boîte. «Je vais les garder pour toi, annonçât-elle, pour le jour où toi aussi tu auras une fille.» Voici en treize leçons (treize nouvelles) un anti-manuel d'éducation pour jeunes filles pas très sages. Séduction, adolescence, morale, sexe, fidélité, maternité, mariage, vieillesse et Cie : les affres de la gent féminine sont décortiquées avec une férocité jubilatoire.
Où ? La Marge
Prix 2,20€
Etat Bon
Réf interne 3694