| Résumé |
LA DEDICACE DE L'AUTEUR : Depuis une dizaine d'années, je donne fréquemment des conférences grand public sur la physique. Elles m'aident indirectement à percevoir l'air du temps, notamment la façon dont les gens vivent la science, le plus souvent à distance, ou comme si elle constituait pour eux la plus radicale des étrangetés. Conscient qu'une sorte de malaise était en train de s'installer, je me suis décidé à tirer profit de mon expérience de conférencier pour dresser une sorte d'état des lieux des relations entre la science et la société. Ces dernières ressemblent de plus en plus à celle d'un vieux couple qui se défait, comme si l'acte de connaître s'était désérotisé : les débats restent passionnés, mais les rapports ne le sont plus. Cette évolution prend à l'occasion les allures d'une crise. Elle s'accompagne d'une défiance réciproque : les scientifiques, dont l'image entremêle désormais les figures de Pasteur et de Frankenstein, se sentent incompris et mal-aimés tandis le public, écartelé entre l'engouement et la crainte, s'estime le plus souvent sinon méprisé, du moins laissé hors du jeu. Prenant acte de cette méfiance à l'égard des détenteurs du savoir, soupçonnés de fabriquer de l'inhumain, d'accroître les périls, d'oeuvrer à l'épouvante, je propose quelques pistes qui permettraient aux relations de la société avec sa science de se reconfigurer. (Etienne Klein) Aux antipodes de l'optimisme des Lumières, nous ne décrivons aujourd'hui plus les avancées de la science comme un progrès. Ceci commença par la question du nucléaire, qui mêle inextricablement l'idée d'une révolution scientifique majeure, celle d'une ressource énergétique considérable, et celle d'une formidable puissance de mort. Les controverses autour des OGM, de la vache folle, du clonage ou du réchauffement climatique, soulèvent la question : les progrès accomplis doivent-ils toujours se payer de risques accrus ? S'agit-il de notre part d'un reniement ou d'un sursaut de lucidité ? La science nous menace-t-elle ? Notre défiance croissante à son égard est-elle justifiée ? Le progrès tant rêvé n'était-il que chimères ? A quelle conditions la science pourra-t-elle vraiment devenir complice de nos espérances. |